La Confédération Africaine de Football vient de rendre publique une décision du jury disciplinaire qui ne restera pas seulement dans les annales, mais qui entachera l’image de l’instance faîtière continentale après une Coupe d’Afrique des Nations où les amoureux du ballon rond et du football africain ont eu l’impression que l’arbitrage était acquis à la cause d’une équipe qui évoluait à domicile. Malgré l’assistance de la VAR mal utilisée ou parfois pas du tout sans raisons valables et objectives, les frustrations se sont accumulées au fil des rencontres, portant un sérieux coup à l’image d’une compétition qui affichait belle allure sur le terrain grâce à une qualité de jeu à la hauteur des attentes, favorisée par un développement infrastructurel irréprochable.
Le jury disciplinaire de la CAF a estimé que le retrait des joueurs sénégalais du terrain en signe de protestation constituait un forfait. En conséquence la commission d’appel a appliqué l’article 84 du règlement de la compétition et déclare le Maroc vainqueur de la finale de la CAN sur tapis vert avec le score administratif de 3-0. C’est la première fois dans l’histoire du football africain qu’un tel revirement survient après une finale jouée, bouleversant ainsi l’équilibre sportif du football africain. Le match étant allé jusqu’à son terme avec à la clé une belle performance de l’équipe sénégalaise qui a malgré l’adversité arbitrale, su faire vibrer tous les amoureux du beau jeu. Sur le plan juridique cette décision ouvre une brèche inédite. La Fédération Sénégalaise de Football (FSF) dispose de la possibilité de saisir le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) pour contester ce verdict. Mais au delà du recours, c’est la question de l’équité sportive qui se pose dans le cas d’espèce. Un résultat acquit sur le terrain peut-il être effacer par une sanction administrative ? En retirant un trophée déjà célébré, la CAF crée un précédent qui pourrait fragiliser la sécurité juridique des compétitions et alimenter de futurs litiges. L’impact sur l’image de l’instance faîtière est considérable. Déjà critiquée pour son manque de transparence, la CAF voit sa crédibilité mise à rude épreuve. Le retrait d’un trophée de cette taille après coup risque d’être perçu comme le signe d’une gouvernance instable, voire politisée. Pour les joueurs sénégalais, c’est une humiliation sportive et symbolique qui efface un exploit vécu et partagé avec tout un peuple. Pour le Maroc, c’est une victoire obtenue hors du terrain qui ne manquera pas de susciter des débats sur sa légitimité. Et pour l’Afrique, c’est un choc qui menace de ternir l’image du football continental sur la scène mondial.
Au delà du sport, les répercussions diplomatiques ne sont pas à négliger. Le Sénégal et le Maroc qui sont deux nations majeures du football africain pourraient entrer dans une phase de tensions avec des conséquences qui dépassent le cadre strictement sportif. En imposant une rigueur disciplinaire, la CAF affirme son autorité mais prend le risque d’une fracture profonde avec ses acteurs. Elle se retrouve désormais face à un dilemme, celui d’assumer la discipline réglementaire au prix d’une crise de confiance, ou préserver l’image d’une institution censée incarnée l’unité et la fierté du football africain.
Éric Moïse NKOUANDOU M.